Démarche

Je suis entrée à l’école M.J.M. de Rennes, section photographie, en 1989. Philippe Bazin (photographe né en 1956), donnait des cours dans cet établissement, cette année là. Il m’a donné la possibilité d’être assistante à ses côtés. Sa grande rigueur, au point de vue technique comme éthique, m’a permis de mettre en place un processus de travail.

Durant cet enseignement, j’ai commencé à me rendre chez certaines personnes pour réaliser des images. A cette période, j’ai enterré mon frère, ma mère un an après ; Comme je l’avais fait quelques années auparavant pour mon père. Chaque jour, à chaque instant, l’individu perd quelque chose : un objet, une image, un souvenir, une illusion, l’enfance, un désir, un travail.

La photographie me donnait la possibilité d’avoir une famille, par procuration ; J’avais une boulimie d’images… une soif de « récolter » les indices de l’intime culturel des gens que je croisais ; Pour en proposer une narration visuelle. Il s’agissait d’archiver une certaine représentation de rennais en HLM (noir et blanc), pour en faire une mémoire, à la veille du XXIème siècle. J’ai démarré par le quartier de Maurepas avec la complicité de Daniel Erhel.

Ce travail a été concrétisé par la réalisation d’expositions : Mémoires de Femmes  en 1991, Histoires de Familles en 1992. Ces images ont été restituées sur des panneaux devant le bureau de tabac du quartier, pour une plus grande visibilité par les habitants. Les gens s’arrêtaient autour pour parler, laissant place (un instant) à une vie de village ! Une partie de ce travail a été publiée dans un ouvrage paru en 1994 : Mémoires d’H.L.M. 

Je cherchais des mots à mettre sur ma démarche, lorsque j’ai lu Diane Arbus (photographe 1923-1971) : « Ce que j’aime surtout, c’est aller où je n’ai jamais été avant. Pour moi, il y a quelque chose dans le seul fait d’aller dans la maison de quelqu’un d’autre. C’est comme si j’allais à un rendez-vous galant avec un inconnu…Et puis, une fois que je suis en route, quelque chose de fantastique m’envahit à propos de l’étrangeté de la chose et du manque total de moyen de contrôle.  Si j’étais simplement curieuse, je pourrais difficilement dire  à  quelqu’un : Je veux venir chez vous et je souhaite écouter l’histoire de votre vie ». Certains y verraient de la folie et pourraient se méfier. 

Puis j’ai fait de l’illustration ; en 1992, un reportage en couleur sur les femmes dans les métiers techniques  pour le secrétariat au droit des femmes : C’est technique c’est pour elle. En 1993, il s’agissait d’une commande sur les éclusières du canal d’Ille et Rance avec Alix de la Bretesche. Un travail sur les habitants d’un nouveau quartier de Saint-Jacques de La Lande (35) m’a permis de prolonger ma réflexion sur les gens dans les grands ensembles urbains.

J’ai aussi mené un atelier itinérant sur l’image avec des adolescents en Roumanie, pour La Bellangerais (maison de quartier). Une belle aventure révélée dans l’exposition Impressions-Expressions, avec Ruben Prunera.

En 1996, le ministère de la culture à répondu favorablement à ma demande d’agrément pour mettre en place des ateliers en milieu scolaire. J’ai réalisé des interventions pour différents établissements sur le département.

Cette même année, j’ai rencontré Anne Le Tellier, du CDAS Kléber avec qui j’ai travaillé. L’association Et si on se parlait existe toujours...

En 1997, la MJC du point du jour à  Saint-Brieuc (22) m’a demandé un reportage sur les habitants de la Cité Waron et du Point du Jour : l'exposition accrochée au Musée d'Art et d'Histoire de la ville s'intitule Gens d'ici.

Parallèlement à ces travaux, je rendais régulièrement visite à Bernard Lamarche-Vadel (critique d’art français 1949-2000). Au lieu d’une HLM, c’est dans son château près de Vitré que je me rendais, pour parler de photographie… mais pas en prendre !

J’ai dû démarcher plusieurs années avant de pouvoir mettre en place un atelier (prises de vues et laboratoire) avec les femmes en centre pénitentiaire à Rennes. Le rendu est en deux parties : le point de vue des détenues et le mien. Des échanges en français, anglais et espagnol ont donné naissance à l’exposition MursMurs de Femmes. Des moments inoubliables !

En 1999 j’ai obtenu un BEATEP (Brevet d’Etat d’Animateur et de Technicien de l’Education Populaire). 

L’exposition Regards de Femmes à l’Artothèque de Vitré (35) a fait entrer deux de mes tirages dans leur collection.

Une série d’interviews de rennais a constitué la trame de L’espace du dedans dans le cadre de Rennes-Citévision/An 2000. 

En 2005, j’ai obtenu une résidence d’artiste à Acigné (35), Les enfants font les couleurs de la vie en est la trace.

A partir de 2006,  j’ai pu expérimenter les balades photographiques avec les habitants de différents quartiers (pour le Centre d’Information sur l’Urbanisme - C.I.U. Rennes). Le principe de prises de vues conjointes est particulièrement riche en termes d’échanges. Une manière de conjuguer deux choses fondamentales pour moi, la photographie et le lien social.

Plusieurs expositions ont vu le jour Entre-vues de Maurepas, Entre chien et loup, Histoires de jardins, Une place, deux étangs.

Mon enthousiasme est intact et pour formaliser : On ne sait jamais rien et particulièrement pour ce qui est de la distance entre la volonté première de photographier et le résultat obtenu. Je suis obligée de constater que la vibration que me renvoie l’autre est le support de l’image, dans ses possibles. 

Le sujet est toujours plus important que l’image

Les réseaux sociaux sur internet ont généré plus de solitude. Je n’ai aucune prétention, si ce n’est de vivre un moment d’échange avec les individualités que je rencontre. Je persiste et je signe.

 
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